Une voisine pas comme les autres
85 ans, l’œil vif, la langue bien pendue. Elle arrive chaque mardi et jeudi matin à huit heures pile, et elle remarque tout. Un jour, elle fixe James avec son regard perçant : * »Vous souriez parfois, jeune homme ? »* Une autre fois, c’est sa coiffure qui en prend pour son grade.
Bref, elle n’est pas tendre. Mais elle fait attention aux détails. Et pour quelqu’un qui a passé sa vie à se sentir invisible, être remarqué ressemble dangereusement à de l’affection.
Un après-midi, elle l’interpelle depuis son jardin et lui propose un accord : elle a besoin d’aide pour ses courses, ses médicaments, ses rendez-vous médicaux et quelques réparations. En échange, à sa disparition, tout ce qu’elle possède lui reviendra.
James tend la main. * »Marché conclu. »*
Des années qui changent tout
Au fil des mois, la relation évolue doucement. Les dîners improvisés, les émissions de jeux télévisés regardées ensemble en criant sur les candidats, les confessions échangées tard le soir… James parle des foyers d’accueil pour la première fois de sa vie. Madame Rhode baisse le son de la télévision et l’écoute vraiment.
Un hiver, elle lui tend une paire de chaussettes en laine verte — franchement laides, tricotées de ses mains — en marmonant : * »Pour que tu n’aies pas les pieds gelés. »* Il fait semblant que ça ne le touche pas. Mais si.